« L’insertion est dans le sac ! »

02 mars 2018

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Nehari Creations

« Ce que je voulais avant tout c’est créer de l’emploi. Nous devons tous jouer le jeu et nous mobiliser pour faire baisser le taux de chômage et valoriser les talents de nos quartiers ». Après avoir exercé plusieurs métiers dans le social, Nouria Nehari passe alors le cap et se lance dans l’aventure entrepreneuriale avec l’ouverture d’une boutique, Nehari Créations, puis, il y a deux ans, d’une entreprise d’insertion, Quartier Maro, où elle emploie aujourd’hui Livia et Sangwan, deux personnes jusque-là éloignées de l’emploi. Au total une dizaine de salariés sont déjà passés par Quartier Maro et pour la plupart volent aujourd’hui de leurs propres ailes, de quoi ravir Nouria. Rencontre avec cette chef d’entreprise d’exception !

Vous avez créé en 2015 Quartier Maro, un atelier de confection de maroquinerie et petite maroquinerie dans les quartiers Nord de Marseille. Comment est née cette idée ?

Mon parcours n’est pas linéaire. J’ai d’abord occupé plusieurs postes dans le domaine du social avant de me former au métier de la reliure pour lequel j’ai ouvert un atelier rue Sainte à Marseille. Malheureusement il n’y avait pas trop d’issues dans cette branche. J’ai alors utilisé mes outils et les techniques utilisées dans le secteur de la reliure pour créer un sac sans couture. Tout est parti de là car, avec cette création, j’ai été lauréate du concours Talent des Cités en 2005 avant de recevoir la médaille d’argent du concours Lépine en 2008 pour un sac à géométrie variable. J’ai senti qu’il se passait quelque chose et que le travail du cuir me correspondait. J’ai alors transformé mon atelier de la rue Sainte en boutique aux couleurs des Nehari Créations afin d’y vendre mes créations. Poursuivant toujours mon rêve de création d’emplois, j’ai décidé de me représenter en 2014 au concours Talents des Cités avec, cette fois-ci, le projet Quartier Maro, un atelier de fabrication du cuir comme il n’en existe plus aujourd’hui à Marseille.

Pourquoi avoir choisi de devenir entreprise d’insertion ?

Dès 2005, quand j’ai obtenu mon premier prix Talent des Cités, je m’étais promis que si mon aventure fonctionnait, je ferai du social. Alors, quand j’ai eu l’opportunité d’ouvrir mon atelier de 80 m2 dans les quartiers Nord, dans les locaux de l’Ecole de la 2ème chance, j’ai rencontré la fédération des entreprises d’insertion PACA qui, avec d’autres acteurs, m’ont aidée à obtenir l’agrément « entreprise d’insertion ». Je pouvais enfin réaliser ce pourquoi je m’étais battue : pouvoir donner leur chance à des personnes en difficulté et créer de l’emploi dans les quartiers nord de Marseille, trop souvent stigmatisés. Cela a également été rendu possible grâce au soutien et à l’approbation que la DIRECCTE m’a donné dès le début de mon projet. Déjà une dizaine de Marseillais, âgés de 26 ans à 46 ans, sont aujourd’hui passés dans mon atelier, sans que ce soit toujours facile. Le travail du cuir est un métier très exigeant qui demande des réglages minutieux, beaucoup de patience car il faut recommencer à chaque fois, faire des erreurs pour progresser. Et, au-delà de la technique, tous ont su y mettre un petit supplément d’âme. A l’image de Livia et Sangwan qui travaillent aujourd’hui à mes côtés et que je compte bien pérenniser en emplois classiques à l’issue de leur contrat d’insertion. D’autres ont depuis poursuivi leur chemin comme notamment Zaidi Naboine qui a créé son atelier de couture/maroquinerie et est partie s’installer dans son pays d’origine les Comores. C’est ça l’insertion. Donner un peu de soi pour aider les autres à « grandir »…

Avec travail, force et abnégation, tout semble vous réussir. Quels sont vos projets à venir ?

J’espère être seulement au début de mon aventure. Ma volonté est de continuer à me développer pour créer plus d’emplois… On ne peut pas tolérer avoir un taux de chômage encore si élevé dans nos quartiers ! J’ai pour projet de créer un site Internet de vente en ligne qui donnera plus de visibilité à ma marque, et comme c’est difficile de tout faire, je compte pour cela m’appuyer sur des stagiaires de l’Ecole de la 2ème chance. Le développement à l’international sera aussi une nouvelle étape à franchir car j’ai déjà eu la chance de faire deux salons au Japon et l’accueil a été très favorable. Les choses évoluent bien. Je sens que notre notoriété est en expansion : si 45 % de mon chiffre d’affaires est aujourd’hui assuré par nos propres créations sous la marque Nehari Créations, 55% émane de la fabrication d’articles pour d’autres marques. Des créateurs, la marque Kaporal ou encore Le Tribunal de Commerce figurent parmi nos clients !

Vous pouvez retrouver les productions de QUARTIER MARO dans la boutique NEHARI CRÉATIONS
105 rue Sainte - 13007 Marseille
Site internet : www.neharicreations.fr
 

Portrait réalisé par la fédération des entreprises d’insertion PACA